
« On n’oblige pas un fleuve à capituler. On doit se soumettre à son courant et faire de son pouvoir une force. »
-L’Ancien (Docteur Strange)
Accueillir ce qui nous fait mal,
C’est un apprentissage de toute une vie, c’est aussi une prise de conscience de quelques secondes. C’est un chemin, c’est aussi un déclic. C’est la peur se transformant en grâce.
L’accueil de nos faiblesses, de nos symptômes, de nos malaises est instinctivement réprimée, car voilà que toutes nos alarmes en nous se mettent en route, car on croit qu’accueillir, c’est se laisser marcher dessus, que c’est ouvrir la porte au malheur, que c’est capituler face à l’ennemi… Oh que non.
Accueillir n’est pas cautionner, ce n’est pas non plus se débarrasser de quelque chose qui nous mettrait des bâtons dans les roues. Accueillir suppose déjà un état d’esprit différent, un changement de paradigme face à quelque chose que nous avions vécu souvent à répétition et que nous avions presque systématiquement rejeté, mis de côté pour plus tard ou tout simplement noyé dans les distractions car cela semblerait trop lourd à affronter de face. Mais lorsque, l’espace d’un instant, l’on prend conscience qu’il n’avait jamais été question d’affronter quoi que ce soit lorsque l’on accueillait qu’il n’était pas non plus question de faire, mais d’être, alors, progressivement, la transmutation, la transformation commence à avoir lieu.
On commence à suivre la vie, en arrêtant de la craindre, de lui résister, et c’est là qu’à lieu quelque chose de merveilleux, nous sommes enfin présent, là, et pas ailleurs, car tout était déjà là, après tout. Nous cessons de courir et vivons l’instant sans conditions, faisons nôtre l’endroit où nous nous trouvons. C’est alors que ce malaise, cette émotion, cette douleur, ne sont plus vus comme des ennemis à abattre, mais comme des petits enfants blessés, qui courent vers leurs parents, cherchant à être consolés, à ressentir qu’ils sont aimés, pour être rassurés. Ce petit enfant ne reste pas dans les bras de sa maman ou de son papa, très vite, il repartira jouer, libéré de ce qui l’affligeait, il aura appris, il aura grandi, mais surtout : il aura dit ce qu’il avait à dire, libéré ce qui devait être libéré. Aussi et surtout : nous aussi nous aurons appris, nous aurons permis à ce petit être d’évoluer, nous faisant également évoluer à notre tour. Nous aussi, nous aurons grandi.
Accueillir, c’est permettre de ressentir pleinement aujourd’hui ce que nous fuyions jadis, nous entrons dans la douleur, la laissons s’exprimer pleinement à travers notre corps, car quelque chose en nous a compris que cette douleur n’avait jamais été là pour nous nuire. Au début du processus, nous aurons sans doute peur, voire serons-nous terrifiés, car très vite notre mental essaiera de prendre la relève pour nous convaincre une ultime fois qu’accueillir, c’est cautionner et inviter la douleur à rester puis se complaire dedans alors que ce n’était finalement que tout l’inverse. Pleinement ressentie, pleinement exprimée, l’accueil de la douleur se transforme en lumière. La douleur est lumière, car elle éclaire ce qui devait être éclairé.
Ces deux dernières années, j’ai été exposé à de fortes douleurs, des malaises, des impressions de partir, avec la certitude que ces sensations finiraient par me tuer, alors je les ai rejetées de toutes mes forces, je les aies haïes. Mais lorsqu’elles sont revenues en force et que je ne pouvais plus rien faire d’autre que de les vivre, car mon corps avait provisoirement cessé de me répondre, je me suis alors résigné à les accueillir, avec un dépit abyssal mais je l’ai fait, car l’heure n’était plus vraiment au choix ou à repousser quoi que ce soit. J’ai donc lâché-prise et c’est là que quelque chose s’est produit. Ces malaises et ces douleurs étaient toujours aussi intenses mais n’étaient plus vus comme quelque chose de malveillant, ou quoi que ce soit de « négatif ». Quelque chose m’était enseigné, montré, et c’est comme si on me disait « merci de m’avoir enfin permis de m’exprimer ». C’était comme si mon égo s’était temporairement effondré, et la seule chose que je me suis dit alors était « puissent tous ceux que j’aime être heureux, puissent tous ceux qui vivent sur cette Terre être heureux, car il n’y a rien de plus important au monde que d’être heureux ».
Accueillir, c’est prendre le risque de ne plus être le même, prendre le risque d’évoluer et de renaître, c’est prendre le risque d’enfin aller mieux.
Camille
